26 avril 2008
ETTY
On ne doit jamais se laisser paralyser par un seul problème, si grave soit-il.
Nos actes ne sont souvent qu’imitation, devoir supposé ou représentation erronée de ce que doit être un être humain.
Or la seule vraie certitude touchant notre vie et nos actes ne peut venir que des sources qui jaillissent au fond de nous-mêmes.
Il faut oublier des mots comme Dieu, la Mort, la Souffrance, l’Éternité. Il faut devenir aussi simple et aussi muet que le blé qui pousse ou la pluie qui tombe.
Il faut se contenter d’être.
Partout où s’étend le ciel, on est chez soi.
En tout lieu de cette terre, on est chez soi, lorsqu’on porte tout en soi.
Il faudrait effacer de l’intérieur tout le petit fatras bassement humain, toutes les fioritures.
Créer au-dedans de soi une grande et vaste plaine, débarrassée des broussailles sournoises qui vous bouchent la vue :
ce devrait être le but de la méditation
Il me faut partir. Traverser une multitude de galeries souterraines étroites et sombres avant de parvenir brusquement à l’air libre et à la lumière.
On ne doit pas se perdre continuellement dans de grandes questions, il est bon de retrouver ses étroites limites personnelles entre lesquelles on peut poursuivre sa petite vie, consciemment et consciencieusement.
Je veux seulement tenter de devenir celle qui est déjà en moi.
Dans ce monde saccagé, les chemins les plus courts d’un être à un autre sont des chemins intérieurs.
Mon cœur volera toujours vers toi comme un oiseau libre,
où que je sois sur terre,
et te trouvera toujours.
Tu es déjà si bien devenu un pan du ciel qui s’arrondit au-dessus de moi que je n’ai qu’à lever les yeux au ciel pour être près de toi.
Et quand bien même je serais enfermée dans une cellule souterraine, ce pan de ciel se déploierait en moi
et mon cœur, comme un oiseau,
prendrait son libre essor vers toi,
et c’est pourquoi tout est si simple, tu sais, terriblement simple, beau, et plein de sens
© Etty Hillesum
photos persos sauf l'image de Helen Keller avec Ann (trouvée sur le net)
25 février 2008
liberté
Il faut laisser à chacun la liberté de vivre selon sa nature.
A vouloir modeler l'autre sur l'image qu'on se fait de lui, on finit par se heurter à un mur et l'on est toujours trompé, non par l'autre, mais par ses propres exigences.
© Etty Hillesum
24 février 2008
Il y a de la boue,
tant de boue qu’il faudrait avoir un soleil intérieur accroché entre les côtes si l’on veut éviter d’en être psychologiquement victime.
21 février 2008
hineinhorchen
Même un corps maladif n'empêchera pas l'esprit de continuer à porter ses fruits. Ni de continuer à aimer, à être à l'écoute de soi-même, des autres, de la logique de cette vie, de toi.
Hineinhorchen, "écouter au-dedans".
Ce qu'il y a de plus essentiel et de plus profond en moi écoute l'essence et la profondeur de l'autre.
Dieu écoute Dieu.
© Etty Hillesum
20 janvier 2008
cette partie de Etty : réponse à vos comm
Dans le post précédent, j’ai cité une phrase de Etty qui me touche énormément,
" cette couche la plus profonde et la plus riche en moi où je me recueille, je l’appelle Dieu "
Ses mots me touchent tellement que j’ai pris la liberté de les faire traduire par une de mes copines qui parle un peu l’italien, oui parce que entendre de l’italien aussi, çà me fait frissonner. Et moi, j’aime bien accumuler les frissons. Voilà bien ici une logique de nounoune, alors qu’Etty était une jeune femme néerlandaise.
Mais bon.
D’ailleurs, je cite souvent Etty comme si tout le monde la connaissait.
Ben pas forcément, à ce que je vois.
Alors pour commencer, je vous la situe un peu.
Quand Etty est née, mon grand-père avait 7 ans. C’est pas une bonne référence ? Bon, supposons.
Edith Piaf, çà vous dit quelque chose ? Eh bien elles étaient contemporaines.
A part çà, Etty était juive, plus par souci d’identité culturelle d’ailleurs que par conviction. Par exemple, elle avait appris l’hébreu. Ce n’est qu’au moment de sa rencontre avec un chiropsycho flûte, je l’écris toujours à l’envers. Un psycho chiropracteur, (un espèce de psy qui lisait le caractère des gens dans les lignes de la main) (cette faculté qu’il avait était dit on fascinante et stupéfiante) ( et son charisme était exceptionnel) (en tout cas sur les femmes) (et donc sur Etty)(il était devenu son guide) (son grand maître).
Oui donc, en février 1941 (elle avait 27 ans) elle rencontre cet homme sur lequel elle focalise ses pensées, ses désirs, son affectivité, tout quoi. La totale. Bon, le truc c’est qu’il était marié, qu’il avait des enfants, l’histoire d’amour super mal barrée.
Sans compter qu’il était un peu vieux. (mon âge)
Oui donc c’est lui qui l’a incitée à relire la Bible et lui a fait connaître Saint Augustin.
J’ai lu deux livres d’Etty (je ne sais pas s’il en existe d’autres), son journal, publié sous le titre " Une vie bouleversée". Comment les cahiers d’Etty sont arrivés jusqu’à l’éditeur, alors là on ne sait pas trop. C’est quelquun qui après la guerre les a amenés à quelqu’un qui les a amenés à quelqu’un qui finalement les a apportés à un éditeur.
Dans son journal, Etty s’analyse sans relâche, mais ce qui donne à cette introspection son caractère exceptionnel, c’est qu’en se décrivant elle mm elle décrit du même coup les possibilités humaines de chacun et à tout moment de l’Histoire. Son journal est un long dialogue entre l’absurdité de la guerre et la conviction profondément ancrée en elle de la bonté et de l’indestructibilité de la vie, Vie qu’elle appelait Dieu (je précise çà pour Isa qui est athée)
Car faut bien savoir que quand on dit Dieu, on ne parle pas forcément de Dieu, pas plus que quand on dit " je suis", on ne parle pas forcément de ce qu‘on est. Tout dépend du contexte. C’est comme l’histoire de la table qui se prenait pour un radeau. Mais je m’égare.
Oui donc, j’ai découvert "Une vie bouleversée" en Pocket. Dans cette édition, après le Journal, il y a quelques lettres qu’elle avait écrites du camp de Westerbork. J’ai donc compris qu’il y avait un deuxième livre que je me suis empressée d’ acquérir.( "Lettres de Westerbork")
Ce camp avait ceci de surprenant qu’en fait, il avait été construit par les Néerlandais (et non pas par les Allemands) pour rassembler les réfugiés juifs apatrides venus aux Pays Bas. Bon ceci dit c’était pas un hôtel 3 étoiles non plus, c’était même le truc le plus inhospitalier qu’on pouvait trouver dans le coin. Donc, ce camp était déjà occupé par des "résidents" avant la guerre. Ce n’est qu’en 1942 qu’il est passé sous commandement allemand (" Polizeiliches Durchgangslager") mais donc la grande originalité de ce camp c’est qu’il était délégué aux juifs eux mm (plus exactement, aux plus anciens résidents du camp)
Etty faisait partie de ce groupe de " fonctionnaires " envoyé par le Conseil juif à Westerbork ( plusieurs amis lui avaient suggéré de se cacher, mais elle avait refusé) et dans le camp, elle avait un rôle d’ "assistante sociale ". C’est pourquoi elle pouvait aller librement (au moins au début) entre Amsterdam (où elle habitait) et Westerbork.
En fait, le sort d’Etty et de sa famille s’est joué sur le fait qu’un jour, sa mère a eu l’idée d’écrire au commandant en chef SS allemand pour demander que Mischa (un des frères d’Etty) ne soit pas déporté. Le commandant, qui comprenait sans doute pas bien le néerlandais, s’est mis dans une colère monstrueuse et a ordonné la déportation immédiate de toute la famille Hillesum.
Ils sont tous morts à Auschwitz, sauf Jaap, l’autre frère de Etty (il avait eu la " chance" d’être déporté à Bergen-Belsen mais il est mort dans le train qui évacuait les détenus en 45).
Bon.
Pour répondre à vos comm, j’ai choisi de citer Etty de nouveau.
A Sophie, qui s’exclame « C'est une très belle définition de la foi ! »
Je répèterai ici les mots qu’Etty avait écrits à son guide et ami le psycho chiropracteur
« Dire qu’on a en soi assez d’amour pour pardonner à Dieu !«
A Clo, qui dit que « J'ai beaucoup aimé sa définition de Dieu...Elle nous dit qu'il est au fond de notre cerveau et qu'il faut aller le chercher. Ce n'est pas vraiment de la foi, c'est du travail...mais pas dans le sens latin (instrument de torture) mais dans le sens anglo-saxon...
Posté par G de B, 16 janvier 2008 à 18:26 »
Je citerai :
« La vie est difficile mais ce n’est pas grave. Travailler à soi-même, ce n’est pas faire preuve d’individualisme morbide. Si la paix s’installe un jour, elle ne pourra être authentique que si chaque individu fait d’abord la paix en soi-même, extirpe tout sentiment de haine pour quelque race, ou quelque peuple que ce soit, ou bien domine cette haine et la change en autre chose, peut-être même à la longue en amour. »
À Sylvie, « Oula grenouille a t'elle vu de la cervelle dans cette phrase d'Etty? L'âme a t'elle une place aussi définie? Etty dit seulement profond, et proofnd, moi je crois que ça transperçe bien plus loin que le corps matériel. En tout cas, c'est une phrase magnifique et elle me fait beaucooup vibrer!
Posté par barbesse, 19 janvier 2008 à 10:31 «
"Mais une heure de paix, ce n’est pas si simple. Cela s’apprend. Il faudrait effacer de l’intérieur tout le petit fatras bassement humain, toutes les fioritures. Une petite tête comme la mienne est toujours bourrée d’inquiétude pour rien du tout. Le fatras s’insinue partout. Créer au-dedans de soi une grande et vaste plaine, débarrassée des broussailles sournoises qui vous bouchent la vue, ce devrait être le but de la méditation. "
A Isa,
« en tant que ATHEE, que te dire ??? le mot DIEU n'est pas dans mon vocabulaire à moi...non je ne te parlerai pas de la couche que je tiens puisque tu la connais, je t'en donne encore la preuve !!!!
et je réponds un peu à côté mais j'ai envie de le dire : ne serait-ce pas le moment d'éviter de trop penser,s'analyser, mais essayer de se reposer ou se faire plaisir à soi-même plutôt qu'aux autres quitte à les décevoir momentanément, pour se retrouver et retrouver automatiquement son bien -être ou être en mesure d'appréhender ses douleurs ?
de toute façon on a tous des moyens différents pour y parvenir (quand tu parles de ce que l'on a en soi), mais on ne sait pas (ou n'ose pas) forcément les mettre en oeuvre....
Posté par Willow, 19 janvier 2008 à 10:33 »
"L’essentiel est d’être à l’écoute de son rythme propre et d’essayer de vivre en le respectant. D’être à l’écoute de ce qui monte de soi. Nos actes ne sont souvent qu’imitation, devoir supposé ou représentation erronée de ce que doit être un être humain. Or la seule vraie certitude touchant notre vie et nos actes ne peut venir que des sources qui jaillissent au fond de nous-mêmes. "
© Etty Hillesum
Et à Ariaga:
« Il y a toujours un passage, une transition entre les vies mais pourquoi ce passage serait-il obligatoirement sombre. Si on a vécu une vie lumineuse je ne vois pas de nécessité sinon l'idée judéo chrétienne que l'on doit toujours souffrir, expier.
Posté par Ariaga, 08 janvier 2008 à 16:05 »
« Il faut oublier des mots comme Dieu, la Mort, la Souffrance, l’Éternité. Il faut devenir aussi simple et aussi muet que le blé qui pousse ou la pluie qui tombe. Il faut se contenter d’être. »
© Etty Hillesum
Voilà, ce sera le mot du jour.
Être simple et muet comme le blé.
16 janvier 2008
cette partie de Etty
15 janvier 2008
Il me faut partir. Traverser une multitude de galeries souterraines étroites et sombres avant de parvenir brusquement à l’air libre et à la lumière.
© Etty Hillesum
09 janvier 2008
Etty
22 août 2007
Etty
Si chacun de nous écoutait seulement un peu plus sa voix intérieure, s’il essayait seulement d’en faire retentir une en soi-même - alors il y aurait beaucoup moins de chaos dans le monde. © Etty Hillesum bambouseraie de Prafrance
15 août 2007
Etty
On ne doit se fixer psychologiquement ni dans l’espoir de la survie, ni dans l’attente de la mort.
Toutes deux sont présentes comme éventualités extrêmes, mais ni l’une ni l’autre ne doit nous requérir totalement.
Même si l’on doit connaître une mort affreuse, la force essentielle consiste à sentir au fond de soi, jusqu’à la fin, que la vie a un sens, qu’elle est belle, que l’on a réalisé toutes ses virtualités au cours d’une existence qui était bonne.
© Etty Hillesum






































